"Nous venons de créer un département dédié aux solutions d'investissement..."


Daniel Roy, Président du Directoire de LBPAM, répond à Thomas Carlat de NEWSManagers

 

Avec près de 180 milliards d’euros d’encours, La Banque Postale Asset Management s’affiche comme un acteur de poids sur le marché français de la gestion d’actifs. Les alliances noués avec Aegon et Fédéris Gestion d’Actifs ont d'ailleurs joué un vrai rôle d’accélérateur de croissance et ouvrent les champs des possibles pour la société. Pour NEWSManagers, Daniel Roy, son président du directoire, revient sur l’apport de ces alliances, reconnaissant être ouvert à toute forme de partenariat complémentaire. Il affiche aussi sa volonté d’accélérer son développement sur les actions et l’ISR.  

 
NEWSManagers : Quel bilan tirez-vous de votre activité au premier semestre 2016 ?

 
Daniel Roy
: Nous affichons 179,5 milliards d'euros d'actifs sous gestion à fin juin contre 177 milliards d'euros à fin décembre 2015. Cette progression résulte d'un effet collecte positif, notamment en banque de détail, grâce au lancement récent de notre gamme de produits d'allocation flexible. Cette gamme de multi-actifs, commercialisée à compter du 17 mai, a cumulé 450 millions d'euros de collecte à fin juin. Nous pensons qu'elle répond parfaitement aux besoins de gestion d'épargne de nos clients. Par ailleurs, nous proposons de plus en plus de stratégies spécialisées (fonds de dette, actions protégées) à nos grands clients personnes morales, dont la CNP. Ces stratégies ont bien fonctionné au premier semestre. En outre, nous avons renouvelé de grands mandats notamment avec le Fonds de Réserve des Retraites et l'ERAFP.

NM : Vous vous êtes rapprochés de Fédéris Gestion d'Actifs. Où en est l'intégration de cette société ?

 
D.R.
: La fusion a été finalisée le 30 avril. Depuis, nous avons procédé à l'intégration des équipes, désormais réunies au même endroit, et avons aussi fusionné les organisations. Nous comptons désormais 216 collaborateurs, rue de la Fédération, à Paris. Cette acquisition nous apporte deux éléments fondamentaux : tout d'abord nous renforcer sur le terrain des actions et, ensuite, nous développer davantage en matière d'investissement socialement responsable (ISR) et de développement durable, deux expertises fortes de Fédéris Gestion d'Actifs. Nous comptons d'ailleurs nous appuyer sur cette expertise ISR pour développer une offre et jouer un rôle majeur dans ce domaine. Nous bénéficions aussi de l'expertise de Fédéris Gestion d'Actifs sur les EuroPP, ce qui nous permet d'élargir notre offre dans le non côté. In fine, chacun a réussi à trouver sa place dans la nouvelle organisation. Nous devons encore travailler sur les outils, comme ceux de reporting, qui s'intégreront sur une plateforme commune, et les outils de comptabilisation.
 
NM : Quelle est la nouvelle organisation mise en place à la suite de cette fusion ?

 
D.R. : Fédéris permet de nous renforcer en moyens et en équipes. A la suite de ce rapprochement, nous avons décidé de mettre en place une organisation avec six pôles de gestion : la gestion diversifiée, la gestion actions et la gestion ISR ; la gestion de taux ; les fonds de dette ; la stratégie ; l'intermédiation et, enfin, les solutions d'investissements. Nous venons de créer ce nouveau département qui fait la synthèse entre la gestion et la vente. Il est dirigé depuis juin 2016 par Gerard Moerman qui travaillait chez notre partenaire Aegon Asset Management.
 
NM : Vous parlez d'Aegon Asset Management. Que vous apporte cette alliance ?

 
D.R. : Historiquement, La Banque Postale Asset Management (LBPAM) a développé une forte expertise sur la dette, notamment la dette en euro. Or, avec l'évolution de l'environnement et du marché, nous avions pris conscience du besoin, voire de la nécessité, de chercher des expertises complémentaires ailleurs. Nous aurions pu bien sûr développer de nouvelles capacités de gestion en interne mais nous avions fait le choix d'aller vite. Nous sommes alors arrivés à la conclusion qu'il fallait ouvrir notre capital et nouer un partenariat. Nous avons discuté avec plusieurs grandes institutions européennes mais c'est finalement avec Aegon que nous avons le plus d'affinités d'un point de vue humain. Aegon a aujourd'hui 25% du capital de LBPAM, avec une option pour monter à 35% à l'avenir. Concrètement, nous échangeons beaucoup avec notre partenaire sur les outils, les stratégies d'investissements, sur les talents et les compétences. L'exemple le plus concret est la mise en place de ce nouveau département dédié aux solutions d'investissements, domaine dans lequel Aegon Asset Management (Aegon AM) a développé une solide expertise.
 
NM : Cette alliance peut-elle permettre à La Banque Postale Asset Management de se développer en dehors de la France ?

 
D.R. : Ce partenariat nous offre une exclusivité en France. Mais nous n'avons pas l'intention de partir à l'assaut du reste de l'Europe ou du monde. Cette alliance nous permet de faire bénéficier notre clientèle française de nouvelles expertises et de nouvelles stratégies de gestion. Car celle-ci ne peut plus se satisfaire aujourd'hui d'une expertise centrée sur la France et l'euro.
 
NM : Aegon Asset Management dispose pourtant de filiales au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, à savoir Kames Capital et Transamerica. Des synergies sont-elles possibles ?

 
D.R. : Nous avons déjà repris certaines stratégies et certains produits de Kames Capital dont nous faisons la promotion exclusive sur le marché français auprès de nos clients. Il est évident que cette alliance nous ouvre le champ des possibles et nous donne l'opportunité de commercialiser une palette plus large d'expertises. Notre mission consiste à faire connaitre ces nouvelles stratégies auprès de notre clientèle. Nous sommes notamment intéressés par des stratégies sur les marchés émergents ou sur le crédit immobilier, stratégies qui existent tant chez Kames Capital au Royaume-Uni que Transamerica aux Etats-Unis. Des offres sont d'ailleurs en préparation. Finalement, Aegon AM joue le rôle d'accélérateur pour notre activité car cette alliance nous permet de bien mieux répondre aux demandes et besoins de nos clients. Les échanges que nous avons avec eux sur les outils informatiques sont également très enrichissants. A ce titre, certains de leurs outils de risque sont en cours de mise en oeuvre au sein de La Banque Postale Asset Management.
 
NM : Regardez-vous d'autres partenariats voire des acquisitions ?

 
D.R. : Oui, nous sommes ouverts à toute forme de partenariat. Les opérations avec Aegon AM et Fédéris Gestion d'Actifs, qui furent de vrais défis, démontrent que nous avons un véritable savoir-faire dans l'intégration de partenaires, en respectant toujours les cultures des uns et des autres. Nous savons aussi qu'il faut aller chercher des idées ailleurs et sommes donc toujours à l'écoute. En revanche, nous sommes moins attirés par des acquisitions car elles génèrent du « goodwill », ce qui vient diminuer les fonds propres et notamment le ratio tier-one de la banque.
 
NM : Pouvez-vous revenir sur le rapprochement entre votre gestion immobilière Ciloger et AEW Europe, la filiale immobilière de Natixis ? Quelle est la logique de cette opération ?

 
D.R. : Ce rapprochement est entré dans sa phase finale. Il s'inscrit dans la même logique visant à élargir notre base d'expertise. Ciloger gère 5,2 milliards d'euros d'actifs à fin août 2016, surtout sur le marché immobilier français. Or nous avions besoin de donner une dimension européenne à notre activité. Nous avons donc discuté avec plusieurs acteurs et AEW Europe nous a semblé le mieux placé pour assurer l'avenir de Ciloger. La responsable de Ciloger va d'ailleurs prendre la direction de l'activité « retail » d'AEW Europe à l'issue du rapprochement. A l'avenir, nous allons également assurer la promotion des offres d'AEW Europe dans nos réseaux. Ce rapprochement donne naissance au numéro 3 de l'immobilier en France avec environ 24 milliards d'euros d'encours.
 
NM : En parallèle, vous n'avez pas hésité à céder Thiriet Gestion, spécialisée dans la gestion flexible. Pourquoi ?

 
D.R. : Lors des premières discussions avec Aegon AM, nous avions identifié trois grandes enveloppes de produits ou de stratégies. Ceux de qualité mondiale que nous pouvons commercialiser par nous-mêmes en France, comme la gestion de la dette, et sur lesquels nous recourons au réseau d'Aegon pour diffuser ces savoir-faire à l'international. Ceux sur lesquels nous voulons progresser vite, les actions et la gestion multi actifs, où nous avons fait le choix de travailler à Paris avec notre partenaire, Aegon AM. Et enfin les produits et services sur lesquels nous voulons distribuer les expertises d'Aegon AM : le monde émergent et les Etats-Unis. Thiriet Gestion ne trouvait donc plus réellement sa place dans ce dispositif et nous avons préféré en sortir en cédant notre participation.
 
NM : Comment comptez-vous donner plus de poids à la gestion actions dans votre groupe ?

 
D.R. :
Nous travaillons déjà d'arrache-pied sur ce sujet. Nous renforçons nos processus car il faut réussir à faire travailler ensemble les analystes financiers, les « stock-pickers » et les ingénieurs quantitatifs. Nous développons des expertises sur les actions dites « value », « growth » mais aussi sur l'investissement socialement responsable (ISR). Sur ce sujet, nous collaborons d'ailleurs avec la banque. En outre, nous avons récupéré les outils de contrôle de risques d'Aegon Asset Management. En matière d'ISR, nous finalisons nos travaux sur les critères pertinents dans le cadre d'une épargne de long terme. Nous travaillons déjà sur des produits et des offres. Et nous serons très bientôt prêts !
 
NM : Dans le nouveau dispositif que vous décrivez, quelle est la place pour Tocqueville Finance ?

 
D.R. :
Tocqueville Finance est une boutique spécialisée, très orientée sur les placements actions, qui cible les conseillers en gestion de patrimoine indépendants (CGPI) et qui gère 1,5 milliard d'euros d'actifs à fin juin. Cette société dispose d'un nom remarquablement reconnu sur le marché et nous pensons qu'elle a toute sa place dans notre dispositif et sur le marché des CGPI. C'est d'autant plus vrai que le très fort développement des unités de compte dans les contrats d'assurance vie offre une belle opportunité pour cette société.