Quand économie et politique du pétrole s’entrechoquent

  • Hervé GOULLETQUER Directeur Adjoint de la Recherche

Il faut s’intéresser à l’accord que viennent de passer la Chine et l’Iran. Les implications vont au-delà de l’orientation des cours du pétrole. Il impacte les discussions sino-américaines et peut forcer Washington à modifier sa politique étrangère.

On sait tous l’importance de la problématique des prix dans les attentes formulées en termes de politique monétaire et, par-delà, sur le comportement des marchés. Comme on connaît tous la sensibilité des anticipations inflationnistes au mouvement des cours du pétrole brut. Au cours des deux dernières semaines, ou un peu plus, le prix du baril de pétrole brut, qualité américaine, a progressé de plus de 4 dollars (soit 7,5%) et le swap  inflation 5 ans dans 5 ans a augmenté d’une dizaine de centimes. Ce dernier reste inférieur à 2% ; mais il s’en rapproche ! 

Cela vaut peut-être la peine de comprendre ce qui explique ce double mouvement. La problématique du pétrole est souvent à l’intersection de l’économie et de la politique. Et le jeu de miroir entre les deux thématiques d’être « ici et maintenant » au cœur des préoccupations des investisseurs.

Alors que retenir du newsflow du marché du pétrole ? La réponse la plus évidente est de pointer deux choses. D’abord, l’espoir renaissant d’une avancée dans les négociations sino-américaines, gage éventuelle d’une « reprise de couleurs » par l’économie mondiale et donc d’une révision haussière des prévisions de demande de pétrole. Ensuite, le changement de ministre saoudien du pétrole, qui enverrait le message de la volonté de la famille régnante de tendre vers un cours du brut plus élevé.

Une autre information est passée davantage sous silence. Elle est pourtant peut-être plus importante. La revue Petroleum Economist a publié la semaine dernière un article sur un accord passé entre la Chine et l’Iran. Rappelons que du fait de l’embargo imposé par les Etats-Unis, les exportations iraniennes de pétrole brut ont baissé de 2,3 Mbj à quelque chose autour de 700 000. L’impact négatif sur l’économie du pays est énorme. L’accord passé entrerait dans la catégorie des « partenariats stratégiques globaux ». L’emphase de l’expression est probablement là pour illustrer l’importance de ce rapprochement poussé plus avant. Sur le fond, dans un cadre mis en place pour 25 ans, la Chine investirait 280 milliards d’USD dans les industries pétrolière, gazière et pétrochimique iraniennes. Les investissements auraient lieu au cours des 5 premières années et d’autres suivraient. Selon la même logique, 120 milliards de dollars seraient investis dans les infrastructures et les équipements de transport. 400 milliards sur 5 ans ; la somme est juste gigantesque. Cela représente 80 milliards par an et est à comparer à un PIB iranien autour de 550 milliards d’USD. Une précision d’importance est à apporter. Pour protéger ses actifs iraniens, la Chine enverra sur place 5000 ressortissants « spécialisés dans la sécurité ». La contrepartie côté Iran est évidemment à l’aune de l’engagement chinois. Le pétrole livré sera payé en yuan, avec une remise totale de près d’un tiers par rapport aux références de prix sur le marché international.

Il y a quelques leçons à tirer de cet accord entre Pékin et Téhéran :

  • Plus de pétrole brut de disponible sur le marché mondial, avec une Chine qui s’approvisionnerait plus en Iran et alors moins ailleurs ; faut-il parier sur des pressions baissières sur le cours du brut ?
  • L’initiative de Pékin de passer outre à la politique iranienne de Washington ne devrait pas être un élément facilitateur de la reprise annoncée des négociations sino-américaines ; faut-il parier sur des pressions haussières sur le cours du brut ?
  • Constater que l’Iran se rapproche encore plus près de la Chine est à mettre au passif de l’Administration Trump. Ce qui est en train de se passer rend plus difficile le jeu diplomatique des Etats-Unis au Moyen-Orient et en Asie. Ce n’est sans doute en rien une coïncidence si John Bolton vient d’être sorti de son poste de conseiller à la Sécurité Nationale et si le secrétaire d’Etat, Michael Pompeo, reparle d’une possible rencontre entre les Présidents américain et iranien.

Décidemment, tout est compliqué ; spécialement quand il s’agit de prévoir le prix du pétrole !

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