Où va la croissance ?

  • Hervé GOULLETQUER Directeur Adjoint de la Recherche

Le marché veut savoir où on en est en termes de profil de l’activité économique et d’évolution de l’environnement politique. La semaine qui s’ouvre va apporter son lot d’informations. Seront-elles favorables ? Disons plutôt oui.

La semaine passée, le marché a lu les commentaires et les décisions de la BCE comme autant de signes que la situation de l’économie mondiale était peut-être plus incertaine que prévue. N’est-ce pas d’ailleurs aussi ce qu’a suggéré aussi l’OCDE, en révisant à la baisse ses prévisions de croissance mondiale pour cette année et l’an prochain ? On peut même remarquer que l’Europe se trouve à l’épicentre de cette révision baissière. Le processus de doute s’est même élargi en partie du vieux continent à l’Amérique du Nord. N’a-t-on pas appris vendredi dernier que seulement 20 000 emplois nouveaux ont été créés en février aux Etats-Unis ? Bien sûr, il est légitime de mettre en avant les distorsions apportées par les changements météorologiques d’un mois à l’autre ; comme il est nécessaire de se souvenir qu’en janvier les créations d’emplois avaient atteint 311 000. Il n’empêche que la vigilance pour ce qui est du tempo de l’activité économique est revenue au premier plan. A quoi donc les investisseurs devront-ils être attentifs au cours de cette semaine qui débute ?

D’abord, il faudra s’intéresser aux indicateurs conjoncturels. En notant que les statistiques sur le financement de l’économie chinoise en février ont été publiées hier. Sans surprises, elles subissent les classiques distorsions liées au changement de date d’une année à l’autre de la fête du Nouvel An. Le glissement sur an du « financement social total » (l’intitulé de l’agrégat large de financement de l’économie) a ralenti à 0,7% après +4,6% en janvier. Il n’empêche que la moyenne de ces deux derniers points connus est bien supérieure à la chronique des précédents : 2,7%, contre 1,6% en décembre, 1,5% en novembre et 0,7% en octobre. La tendance à l’accélération, intervenue à l’automne dernier, ne serait pas remise en cause. Les ventes américaines au détail de janvier seront aussi très regardées par les marchés. On se souvient que celles de décembre avaient été une vraie déception, avec un recul du « noyau dur » de 1,7% sur le mois. Il s’agissait du plus mauvais résultat depuis 1992 ! Le chiffre va-t-il être revu à la hausse ? C’est possible. Et puis, va-t-il être suivi par un rebond le mois suivant ? Le consensus parie sur une hausse de 0,6%. Le côté plus ou moins rassurant de la progression, si tant est qu’il s’avère, dépendra en partie de l’ampleur de la révision apportée au résultat précédent.

Ensuite, l’environnement politique de la croissance économique compte beaucoup à l’heure actuelle. Celui-ci n’est-il pas pointé comme étant une raison essentielle de l’incertitude qui freinerait la croissance ? Cet environnement se décline Hic et Nunc selon deux axes : les négociations sino-américaines et le Brexit. Commençons par les premières. Va-t-on recevoir des messages positifs, qui accroitraient la probabilité d’une rencontre entre les Présidents Trump et Xi d’ici à la fin du mois ? Le marché clairement espère cela. Pour le moment, les informations en provenance de la Maison Blanche restent constructives. Celles reçues depuis Pékin sont davantage balancées. Le gouverneur de la PBoC (la banque centrale ; People Bank of China), tout en reconnaissant l’atteinte d’un consensus sur plusieurs sujets, a pointé les demandes « décalées » de Washington pour ce qui est de la politique de change. « Le marché, tout comme les autorités chinoises, exprime sa préoccupation par rapport à la demande américaine d’assurer la stabilité de la valeur du yuan ». S’en tenir aux « bonnes pratiques », rappelées par le G20, à savoir s’abstenir de dévaluations compétitives et faire preuve de transparence, tout en respectant la règle des taux de change déterminés par les forces de marché, doit être le fil conducteur des discussions  sur le sujet. La remarque peut-elle faire obstacle à l’atteinte d’un accord entre les deux pays ? Vraisemblablement pas ; mais voyons comment les Américains vont régir.

Passons au Brexit. Comme il existe sur les marchés financiers le jour des « trois sorcières », la semaine qui s’ouvre sera celle des « trois sorcières » au Royaume-Uni. Westminster votera demain le texte amendé (comment ?) du projet de Theresa May pour quitter l’UE ; le lendemain, en cas de refus, hypothèse assez crédible à aujourd’hui, la chambre des communes dira si elle rejette une sortie sans accord de l’Union ; le surlendemain, forte de ce très probable refus, elle votera sur l’extension de la date de sortie.  La Première ministre reprendra alors son « bâton de pèlerin » et ira plaider sa cause à Bruxelles. Là-bas, on lui demandera pourquoi a-t-elle besoin de plus de temps. Saura-t-elle répondre ? Le Continent est assurément prêt à aider ; il y va de son intérêt. Mais comment donner du temps à un Etat-Nation qui en demande, mais sans donner l’impression de savoir quoi en faire ? Vers une catharsis au sein du monde politique britannique ?

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