In medio stat virtus

  • Hervé GOULLETQUER Directeur Adjoint de la Recherche

Se repérer dans cet environnement de marchés compliqué en recherchant des éléments de clarté. Essayons de distinguer le positif du négatif dans le newsflow le plus récent en provenance des Etats-Unis et de l’Europe.

 

L’environnement des marchés est compliqué ; ne le sait-on pas trop bien ? Essayons alors de démêler l’écheveau de chaque côté de l’Atlantique entre ce qui va et ce qui va moins bien ; le tout en se plaçant du point de vue de l’investisseur.

Commençons par les Etats-Unis. Avec une focale courte, l’attention se porte avant tout sur les initiatives de la Maison Blanche et du Congrès. Deux éléments positifs sont à noter. Il y a d’abord l’insistance des conseillers de Donald Trump à prédire une rencontre avec le Président Xi dans un avenir rapproché. A les écouter, celui-ci est très désireux d’arriver à un accord. On doit sans doute comprendre que le rapport de force, tel que mesuré par l’Administration américaine, serait en faveur des Etats-Unis. Il n’est cependant pas certain que les Chinois partagent le point. De quoi conclure que, si les négociations vont dans la bonne direction, tout n’est pas encore calé. Il y a ensuite la perspective qu’un nouveau shutdown de l’Administration fédérale puisse être évité. Rappelons, qu’en cas d’impossibilité de vote par le Congrès de 7 lois d’autorisation de dépenses d’ici à vendredi, une partie des administrations centrales seraient à nouveau fermées à partir de samedi. Républicains et Démocrates seraient en train de forger leur compromis. Le Président Trump aura un peu d’argent pour financer ce qui devrait être davantage une barrière qu’un mur à la frontière avec le Mexique et les Démocrates prennent une position plus nuancée sur un débat qui aurait pu les dépeindre auprès de l’opinion publique comme des défenseurs « à tout crin » de l’immigration illégale. In fine, Donald Trump n’aura pas réussi à pousser les Démocrates à la faute sur le dossier du shutdown. Un point à retenir dans la perspective des élections de 2020.

L’élément négatif se trouve du côté du département du Commerce. On sait qu’une enquête est en cours au titre de la section 232 du Trade Expansion Act de 1962, pour savoir si les importations de véhicules automobiles (et de pièces détachées) sont une menace pour la sécurité nationale. Il se murmure, vrai ou faux, que la conclusion serait en faveur de considérer un relèvement des droits de douane comme étant une option à proposer au Président. Celui-ci aurait alors 90 jours pour prendre une décision. Le point ne peut laisser indifférent, ni les Européens, ni les Japonais, ni les Coréens. Et surement pas non plus les investisseurs actifs sur les marchés financiers de ces pays.

Passons à l’Europe et commençons par les points d’attention. Il y a d’abord en Espagne, un des pays de la Zone Euro où les performances économiques sont aujourd’hui les plus solides, une double interrogation budgétaire et politique. Les deux éléments sont d’ailleurs liés. Le gouvernement de Pedro Sanchez n’a pas de majorité pour faire passer le budget 2019. A côté de l’appui de Podemos, qui semble acquis, les Socialistes ont besoin de celui des partis régionalistes, dont ceux de Catalogne. Alors que le procès des dirigeants indépendantistes catalans vient de s’ouvrir, obtenir leur soutien aux Cortes ne va pas de soi. Avec toutefois le risque, qu’en cas de blocage politique menant à des élections générales anticipées, de se retrouver face à un gouvernement de centre-droit encore moins désireux de trouver un compromis que l’actuel. Il y a ensuite le Royaume-Uni où, sur fond de profonde incertitude sur le débouclage de la question du Brexit, les conditions de la croissance économique sa dégradent. La croissance du PIB n’a été que de 0,2% en T4 2018 (en rythme instantané et d’un trimestre à l’autre) et les enquêtes de conjoncture font craindre des performances toujours décevantes à court terme.

Passons aux éléments davantage porteurs d’anticipations positives et arrêtons-nous sur les propos de Philip Lane, actuel gouverneur de la Banque d’Irlande et prochain Chef-économiste de la BCE. Il insiste sur la nécessité de ne pas porter son attention que sur les chiffres d’enquête, mais bien plutôt de regarder l’environnement économique dans toutes ses dimensions. Et le successeur de Peter Praet de pointer une demande intérieure bien orientée, un marché du travail solide, une évolution favorable des salaires et les soutiens apportés par la baisse des cours du pétrole et une politique budgétaire davantage expansionniste. Comment ne pas comprendre qu’en termes de politique monétaire, il ne faut pas « vendre la peau de l’ours avant de l’avoir jeté à terre » !

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