De la nécessité de regarder aux bons endroits

  • Hervé GOULLETQUER Directeur Adjoint de la Recherche

Le marché écoute attentivement les « barons » de la banque centrale américaine ; peut-être trop, au point de faire un contresens. Le marché est aussi sensible aux rodomontades du Président Trump sur le dollar. Mais celui-ci crée-t-il les conditions objectives pouvant amener à un niveau de change plus faible ?

De combien est-il raisonnable de faire baisser le taux directeur américain au sortir du conseil de politique monétaire de la Fed le 31 juillet prochain ? La question taraude les marchés depuis déjà quelques semaines Au final, guidés tant bien que mal par les déclarations pas toujours bien alignés des policymakers, les investisseurs pariaient plutôt sur 25 centimes et pas sur 50. Ainsi, le 16 juillet dernier, les probabilités respectives accordées aux deux hypothèses étaient de 75% et 25%. Eh bien, en cours de séance hier, le marché des Futures sur fonds fédéraux a accordé deux chances sur trois à l’idée d’un geste d’un demi-point. Cela n’a duré qu’un temps et ce matin la probabilité est de 42%. Le niveau reste toutefois plus élevé qu’en début de semaine ; ce qui apporte un soutien aux marchés d’actions.

Que s’est-il passé ? Les deux « lieutenants » du Président Powell, Clarida et Williams, ont parlé et un peu de rétropédalage est intervenu par la suite. Ce qui montre, au passage, que le rendez-vous du 31 juillet est important. Richard Clarida, le Vice-président du Board, dit deux choses. D’abord, un déroulé économique favorable n’est pas un obstacle à un réglage monétaire plus accommodant. Ensuite, et pour bien comprendre ce premier point, il précise qu’il ne faut pas attendre une détérioration de la situation économique et alors enclencher une baisse importante des taux. John Williams, le Président du district de New York et es-qualité Vice-président du comité de politique monétaire, prononce un discours plutôt académique sur « vivre la vie avec des taux d’intérêt proche de zéro ». On a envie de dire que le comportement conseillé de politique monétaire est dans le titre de la présentation : si l’économie paraît faiblir, il faut agir vite, puisque le potentiel d’action est limité. Et le marché de comprendre que Williams signale une baisse « marquée » du taux directeur à venir en fin de mois. L’extrapolation est apparue trop forte. Tant et si bien que les services de communication de la Fed de new York décident de préciser que son Président ne faisait que présenter une analyse in abstracto, fondée sur vingt ans de recherche. Il ne faut pas chercher autre chose.

Ces anticipations de marché au sujet des décisions à venir de la banque centrale américaine ont dû satisfaire le Président Trump. Elles participent d’un dollar marginalement plus faible.

 

Concernant le dollar, deux questions se posent. D’abord, est-il surévalué, comme paraît les sous-entendre le « locataire de la Maison Blanche » ? Ensuite, existe-t-il une vraie volonté à Washington de faire baisser le « billet vert » ?

Le FMI a publié avant-hier son External Sector Report  pour 2019. Que dit-il sur les niveaux « fondamentaux » de change ? Selon les travaux effectués, le taux de change effectif réel (contre toutes devises et déflaté des écarts d’inflation) serait « quelque peu » surévalué dans le cas du dollar américain, à peine sous-évalué dans celui de l’euro et en gros au bon niveau pour ce qui est du yuan. Rien de bien anormal à priori.

Washington Inc. Envisage-t-il de pousser à une dévaluation du dollar ? S’il est difficile de « sonder les cœurs et les reins », trois commentaires peuvent être proposés. Premièrement, manipuler un marché aussi liquide que celui du dollar n’est pas une « mince affaire ». Deuxièmement, on peut dire d’expérience que l’unilatéralisme en matière de gestion des cours de change marche mal. Seules les initiatives concertées fonctionnent. Sont-elles possibles dans l’environnement actuel de politique international ? Troisièmement, une certaine cohérence doit s’imposer. Y aller du renchérissement des droits de douane a plutôt des conséquences à l’appréciation de la devise du pays à la manœuvre. Il faut faire avec !

En fait, si on s’intéresse au marché des changes, on pourra être attentif à ce qui se dira au cours du G7 Finances qui se tient actuellement en France. La perspective du lancement de la Libra, la crypto-monnaie à ambitions mondiales que Facebook souhaite lancer, sera discutée. Bien sûr, on va comprendre qu’en termes d’équilibre des systèmes bancaires et financiers et d’efficacité des politiques monétaires, une crypto-monnaie gérée par une Fintech n’a rien à voir avec une autre gérée sous la houlette d’une Bigtech. La force de frappe de la seconde est potentiellement sans commune mesure avec la première. Il en irait de même en termes de potentiel de déstabilisation. Un autre point mérite l’attention de tous ceux qui suivent les évolutions du marché des changes. Comment ne pas être tenté de faire un parallèle entre le panier de monnaies qui servira de contrepartie à la Libra et le DTS ? Peut-on envisager assister à la création de DTS privés à côté de ceux, publics, créés par le FMI ? On peut imaginer que l’équivalence apparente entre le DTS et la Libra participerait du succès de cette dernière. Avec  peut-être l’utopie qu’ainsi le système monétaire devienne plus équilibré ; avec des monnaies nationales, utilisées à l’intérieur des pays ou des zones concernés et le DTS-Libra devenant dominant dans les échanges internationaux. Pour information, la lettre bimensuelle de LBPAM, Stratégie et Investissement, à sortir lundi prochain, traitera du sujet de la Libra.

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