Croissance ? Ou pas ?

  • Stéphane DEO Stratégiste

La hausse du prix du pétrole, et des autres matières premières, semble être due à des effets de demande. La croissance n’est pas si mauvaise que ça. Le FMI a révisé ses prévisions, il se cale sur le consensus. L’Italie a révisé ses prévisions et le déficit s’accroit comme attendu.

Point de marché : hausse du pétrole et des matières premières

Depuis ses plus bas de fin décembre tout prêt de 50 dollar le baril, le Brent a progressé constamment pour passer les 70 dollars cette semaine. Une hausse de 40 %. Le pétrole n’est pas seul, l’indice des métaux industriels a aussi progressé de 12% depuis le début de l’année. Si le prix des matières premières agricoles a peu bougé, l’énergie et les métaux sont donc clairement orientés à la hausse.

Il y a deux façons d’interpréter une hausse du pétrole, ou des matières premières en général :

  • soit il s’agit d’une augmentation de la demande et alors c’est un symptôme positif de la croissance
  • soit il s’agit d’une pénurie d’offre et dans ce cas la hausse des prix doit être vue surtout comme un frein à la croissance.  

Un moyen de savoir si le mouvement est dû à un choc d’offre ou de demande est de regarder la performance de la bourse. Si le pétrole monte sur un choc d’offre, donc s’il y a pénurie, la bourse baisse, en revanche si la hausse du pétrole n’est que le symptôme d’une économie qui va mieux, la bourse monte en sympathie. C’est ce que l’on a vu depuis le début de l’année.

Poussons le raisonnement un peu plus loin en regardant la région Asie-Pacifique. Nous prenons trois principaux pays exportateurs de matières premières (Australie, Indonésie & Malaisie) qui devraient donc bénéficier d’une hausse des cours. Et nous comparons aux trois principaux pays importateurs de matières premières (HK, Inde & Japon). Le graphique ci-dessous montre que, paradoxalement, les pays importateurs de matières premières ont eu une performance boursière meilleure. C’est, là-aussi, un signe que l’argument de croissance a primé. Il faut se souvenir des craintes sur la croissance chinoise en fin d’année dernière qui ont pesé sur ces marchés : une vue plus constructive implique bien des prix de matières premières plus élevés, mais aussi une vue plus optimiste sur la croissance de la zone.

Le FMI révise à la baisse ses prévisions :

Le FMI, comme le consensus, a révisé ses prévisions de croissance à la baisse, la croissance mondiale est attendue à 3,3% cette année, une révision à la baisse de 0,2ppt par rapport aux prévisions de janvier.

La zone Euro est attendue à 1,3%, contre 1,6% en janvier (LBPAM est à 1,2%), les Etats-Unis à 2,3% contre 2,5% en janvier. Ces chiffres sont très proches du consensus et ne présentent donc pas de surprise majeure.

Des (mauvaises) nouvelles du déficit italien :

Le gouvernement italien est tenu chaque année au printemps d’amender ses projections de déficit. Le budget 2019 a été voté à la fin de l’année 2018 avec des prévisions de croissance « volontaristes » qui dataient de l’automne.

Les prévisions de croissance ont été revues de 1,0% à 0,1%, un chiffre crédible : le consensus est lui-aussi à 0,1% tout comme le FMI.

Les prévisions de déficit ont été revues en conséquence de 2,04% à 2,5%. On fait habituellement l’hypothèse qu’une perte de croissance de 1ppt augmente le déficit de 0,5ppt. L’augmentation du déficit publié par le gouvernement est donc tout sauf une surprise. En revanche, il risque de ré-ouvrir le psychodrame avec la Commission Européenne, puisque c’est le déficit prévisionnel de 2,4% qui avait déclenché l’ouverture de la procédure pour dette excessive à la fin de l’année dernière.

Le marché, lui, a pris la nouvelle positivement, le resserrement des taux italiens s’est accentué sur la nouvelle.

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