Chocs et réponses

  • Hervé GOULLETQUER Directeur Adjoint de la Recherche

La croissance ralentit et les politiques économiques sont sollicitées. Pour autant, les réponses apportées par celles-ci arriveront-elles à enrayer celle-là ? On en saura plus jeudi prochain avec la BCE. 

Etes-vous plutôt « diagnostic économique » ou « politique économique » ? Dans le premier cas, votre psychologie en tant qu’investisseur est réservée ; dans le second, vous êtes enclin à davantage de confiance. Dans la « vraie vie », l’investisseur ne peut pas se dédoubler.  Tel Janus, le dieu romain des commencements et des fins, il regarde à la fois vers le passé (que disent les statistiques économiques ?) et vers l’avenir (quelles initiatives vont être prises pour, selon les moments, consolider ou infléchir la tendance observée ?).

La journée de vendredi dernier s’est tout à fait inscrite dans ce cadre. Côté passé, les chiffres de l’emploi américain d’août et côté avenir, les mesures d’assouplissement monétaire prises en Chine.

Aux Etats-Unis, le secteur privé a créé 96 000 nouveaux postes de travail le mois dernier. Sans vaut-il mieux aujourd’hui s’intéresser à ceux-là, plutôt qu’à la dynamique d’ensemble (en intégrant donc les administrations), au titre des postes à durée déterminée ouverts dans le cadre du nouveau programme de recensement de la population. Bien sûr, les statistiques du marché du travail sont assez volatiles et repérer les tendances n’est pas toujours très facile. Il n’empêche que la perte de dynamisme est dorénavant visible. Encore en début d’année, de 200 000 à 225 000 nouveaux emplois privés étaient créés chaque année. Dorénavant, on est plutôt à moins de 150 000.  Même en intégrant le fait que les gains de productivité se font un peu plus forts, le constat s’impose : la croissance économique ralentit aux Etats-Unis. L’ampleur du phénomène n’est sans doute pas très marquée, au moins pour le moment ; mais il est réel. Au-delà du cas américain, comment ne pas admettre que cette réalité s’impose aussi ailleurs dans le monde ? La genèse n’est-elle pas commune ; à savoir les coups de boutoir portés au commerce mondial ? En sachant, de plus, qu’une économie américaine, moins ouverte sur l’extérieur que beaucoup d’autres, est probablement moins impactée. 

Les autorités chinoises ont décidé d’abaisser de 50 centimes le taux de réserves obligatoires, appliqué à l’essentiel des institutions financières concernées. 100 centimes additionnels seront mis en œuvre pour certaines banques commerciales de régions rurales n’ayant pas d’opérations inter-provinces. Le taux moyen des réserves devrait donc passer à 13%. Rappelons qu’il était de 17% au début du printemps 2018. On le sait, cette décision d’assouplissement monétaire devrait se répéter ailleurs dans le monde au cours des prochains jours. Dès cette semaine en Zone Euro, avec une BCE qui devrait annoncer une batterie de mesures (baisse du taux de dépôt, QE relancé et tiering) et la suivante aux Etats-Unis, avec une réduction du taux directeur de la Fed.

Voilà pour les faits. Reste, et c’est sans doute le plus important, à être capable de mesurer l’impact des actions entreprises. Seront-elles à même de « redonner » des couleurs à une dynamique économique qui a pâli ces derniers temps ? Les deux difficultés rencontrées en la matière sont la nature particulière du choc observé et les moyens de politique économique à disposition.

On l’a dit et redit ; l’économie mondiale se porte moins bien, parce que le commerce mondial ralentit du fait de la montée des tensions commerciales. Gère-t-on les conséquences d’un choc politique délibéré (les initiatives du Président Trump contre la Chine), comme on le fait lorsqu’on est confronté à un cycle conjoncturel vieillissant ? Les expériences acquises dans la lutte contre la stagflation (les années 80) ou dans la crise financière (la fin des années 2000) peuvent-être réutilisées ? La réponse, pour faire court, est de type oui et non. Il y a donc à innover ; ce qui n’est jamais facile.

La difficulté est d’autant plus grande que les degrés de liberté à disposition des responsables de politique économique sont contraints. Par le très bas niveau des taux d’intérêt et par une taille de bilan déjà inflatée pour ce qui est des banques centrales et par des dettes publiques souvent conséquentes pour ce qui est des gouvernements. D’où le regard prudent, voire empreint de scepticisme, d’une partie des observateurs. Essayez de faire différemment d’avant et vous n’êtes pas compris. N’est-ce pas le cas de la Chine, dont la panoplie de mesures de soutien est organisée différemment qu’autrefois : on en fait moins qu’avant (ne pas abandonner les objectifs structurels) et on sollicite moins le politique monétaire et plus la politique budgétaire (mais davantage sous forme  de baisse de la fiscalité que de hausse des dépenses) ? Tenter d’utiliser plus loin les outils à votre disposition (la BCE et dans une moindre mesure la Fed) et on attire votre attention sur le risque que le « remède puisse être pire que le mal ».

A la BCE de convaincre jeudi prochain ; la tâche n’est pas facile. Mais a-t-elle une autre option ?

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