Structurer la finance durable… Par le haut : un nouveau défi partagé !

  • Emmanuelle Mourey Présidente du Directoire

Ces dernières années, l’essor de la finance responsable a majoritairement été porté par la conviction individuelle d’acteurs précurseurs. Un esprit d’initiative précieux pour créer et faire la pédagogie du marché mais qui atteint aujourd’hui ses limites. La finance responsable doit désormais passer à l’âge de la maturité. L’objectif : gagner à tout prix en lisibilité pour permettre au plus grand nombre d’opérer une bascule que tant d’institutionnels et de particuliers appellent de leurs vœux.

1er défi : définir un alphabet commun

Lorsqu’il cherche à analyser les données extra-financières d’une entreprise, un investisseur doit s’appuyer sur des données fournies par cette dernière. Or, en l’état actuel, chaque entreprise parle une langue différente, basée sur un alphabet distinct : elle fournit des chiffres qui, la plupart du temps, ne sont pas comparables.

Le problème est connu et des premières réponses ont été apportées. En France, notamment, un reporting RSE est désormais obligatoire pour toutes les entreprises de plus de 500 salariés ou 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec un ensemble de sujets prédéfinis à aborder (pollution et gestion des déchets, santé et sécurité, emploi…).

Un premier effort de transparence qui n’est pas suffisant pour permettre un travail d’analyse aussi abouti que ce qui est fait sur les données financières : la façon dont les entreprises calculent ces données n’est en effet pas standardisée.

2ème défi : adopter les mêmes règles de syntaxe

A ce problème d’harmonisation des données s’ajoute celui des méthodologies. En d’autres termes, une fois les chiffres compilés, les analystes n’utilisent pas les mêmes règles  d’analyse, la même grammaire.

C’est précisément ce que relève une étude publiée en juillet dernier par I4CE, WWF et l’institut Louis Bachelier. En analysant les méthodes de différents investisseurs pour calculer l’impact climat de leurs portefeuilles, elle conclut à leur « incomparabilité ». La mesure de l’impact est donc une notion difficile à quantifier. Pour structurer l’approche, il est important de définir des principes communs mais aussi de laisser les gérants et analystes développer leur propre méthodologie d’évaluation des impacts environnementaux et sociaux d’une entreprise.

3ème défi : s’accorder sur un vocabulaire précis

ISR, fonds à impact, fonds thématiques, ESG, fonds verts, durables, responsables, green bonds, social bonds, et encore… : la jungle des appellations devient kafkaïenne. Face à la quête de sens des épargnants, les produits sont parfois sur-marketés au détriment de la lisibilité…et parfois de la véracité. Chaque entreprise y va désormais de son concept, perdant  toujours un peu plus le consommateur. Et même quand le mot proposé est identique, la définition le plus souvent varie.

***

Le flou qui persiste aujourd’hui autour des produits responsables n’est plus tenable pour tous ceux qui croient vraiment dans l’avènement d’une finance durable et populaire.

Deux options s’offrent à nous.

La première est darwinienne. Elle consiste à laisser faire la loi du plus fort.

Si l’on revient quelques instants sur notre parallèle avec la langue, l’anglais n’est pas devenue la référence parce qu’elle était la « meilleure langue », la plus pratique ou la plus parlée. Mais parce qu’elle était, économiquement, la plus puissante. De même pourrait-on imaginer que demain, les acteurs les plus puissants finissent par imposer leurs standards.

La seconde option devant nous est collégiale. Elle prétend que nous avons tout en main, pour construire collectivement des standards réalistes, ambitieux et surtout partagés. Avec LBPAM, nous privilégions résolument cette voie, seule à même de fédérer les bonnes volontés.  C’est dans cette perspective que nous soutenons toutes les initiatives pour harmoniser les labels et normaliser les données extra-financières.

Une normalisation indispensable et qui permettra à chacun de devenir acteur de la finance responsable.

Choisissez
votre profil

Accédez aux informations dédiées aux Institutionnels ou Distributeurs/particuliers :

Space exclusively dedicated to Dutch institutions (Espace exclusivement dédié aux institutionnels néerlandais)

back to the home page FR