Post COVID-19, quid de la transition énergétique et de la protection de la biodiversité dans la relance économique ?

  • Luisa Florez Directeur de la Gestion et Recherche Thématiques Durables

Alors que le Covid-19 a plongé le monde dans une crise sanitaire et économique d’une rare magnitude, imposant des dispositifs important pour sauver les entreprises, le confinement se révèle par ailleurs bénéfique pour le climat, la qualité de l’air et la biodiversité. Cependant, la baisse des émissions mondiales de CO2 reste insuffisante pour espérer limiter le réchauffement climatique à 1,5°C d’ici 2100, et interroge sur la compatibilité environnementale de nos modes de vie. L’intégration d’exigences environnementales dans les plans de relance en cours de négociation s’impose.

L’année 2020 devait être une année charnière pour l’action politique internationale en réponses aux enjeux du changement climatique et de l’érosion de la biodiversité. Plusieurs rencontres internationales majeures étaient ainsi prévues cette année, telles que la COP15 Biodiversité, qui devait avoir lieu en octobre en Chine et dont l’objectif était de déterminer un nouveau cadre mondial pour la protection des écosystèmes, ou la COP26 sur le climat, qui devait se tenir en novembre en Ecosse et lors de laquelle les Etats devaient publier de nouvelles ambitions climatiques. Cependant, la crise du Covid-19 qui secoue l’économie mondiale depuis près de deux mois a totalement bouleversé cet agenda pour accorder la priorité aux réflexions sur les plans de relance économique et la sauvegarde des emplois.

Dans ce contexte, certains Etats et entreprises  commencent à élever la voix pour demander un assouplissement, voire un moratoire, sur les exigences environnementales imposées par les réglementations en vigueur. Ainsi, dès le mois de mars, la Pologne et la République Tchèque demandaient à la Commission Européenne d’abandonner le « Pacte Vert », ce chantier communautaire ambitieux qui doit acter la neutralité climatique de l’Union pour 2050 et le durcissement des règles du marché carbone. De même, la presse a révélé que le Medef avait envoyé une missive, datée du 3 avril, à la Ministre de la Transition écologique pour demander « un moratoire sur la préparation de nouvelles dispositions énergétiques et environnementales » relatives à la lutte contre le gaspillage alimentaire et à l’économie circulaire. Enfin, aux Etats-Unis, les normes d’émissions polluantes du secteur automobile ont déjà été revues à la baisse pour la période 2021-2026, et l’Agence de Protection Environnementale s’est également déclarée prête à modifier de façon discrétionnaire certaines dispositions relatives aux émissions atmosphériques, rejets aqueux ou substances chimiques.

Un tel revirement fait craindre un retour au contexte de la crise de 2008 qui, à l’époque, avait imposé une halte aux avancées issues du Grenelle de l’Environnement et compliqué l’adoption du Paquet Energie-Climat de l’Union Européenne. Le gouvernement français programme actuellement une enveloppe d’aides aux entreprises stratégiques s’élevant à 20 milliards d’euros pour protéger les emplois et l’industrie. Toutefois, l’octroi de ces aides n’est pas conditionné au respect d’exigences environnementales pour le moment, alors que les bénéficiaires pourraient appartenir aux secteurs fortement émetteurs de gaz à effet de serre (transport aérien, constructeur automobiles, énergie…).

Contrairement à 2008, les organisations opposées aux plans de relance carbonés (ONG, G20, C40 Cities Climate Leadership Group…) entendent cette fois faire valoir la nécessité d’intégrer des exigences environnementales dans les aides publiques. C’est notamment le cas du Haut Conseil pour le Climat qui, dans son rapport spécial[1] du mois d’avril, affirme que la relance doit « maximiser les co-bénéfices pour le climat et écosystèmes » et que, par conséquent, « l’octroi de mesures budgétaires ou d’incitations fi­scales à des acteurs privés ou des collectivités devrait être clairement subordonné à l’adoption explicite de plans d’investissement et de perspectives compatibles avec la trajectoire bas-carbone. »

Le confinement, qui concerne désormais près de 4,5 milliards de personnes dans 110 pays, a fait chuter les pollutions causées par l’activité humaine de manière significative. Ainsi, la mise à l’arrêt du trafic routier a fait baisser les concentrations d’oxyde d’azote de 50% en moyenne dans les capitales européennes, et la pollution sonore de presque 90% à certains endroits de Paris. Ce contexte s’avère étonnamment favorable à la reconquête des zones urbaines par la biodiversité, à l’image des canards escortés par la police sur le périphérique parisien, ou des sangliers déambulant dans les rues de Barcelone. Cette situation inédite forcent à reconnaître la responsabilité des activités humaines dans la question environnementale, en même temps qu’elles nous font prendre conscience que nous en sommes également la réponse.

Alors que l’objectif de l’Accord de Paris de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C d’ici la fin du siècle implique une baisse annuelle des émissions de CO2 de 7,6% par an jusqu’en 2030, la communauté scientifique s’attend à une réduction de « seulement » 5,5% en 2020, due à la crise sanitaire. C’est pourquoi l’intégration de contraintes en faveur du climat et de la biodiversité dans les plans de relance est un impératif sur lequel nul ne devrait se sentir légitime de transiger.

[1] Haut Conseil pour le Climat. Climat, santé : mieux prévenir, mieux guérir. Avril 2020

Choisissez
votre profil

Accédez aux informations dédiées aux Instiutionnels/particuliers :

Space exclusively dedicated to Dutch institutions (Espace exclusivement dédié aux institutionnels néerlandais)

back to the home page FR