Le grand défi pour les décennies à venir

  • Sebastian Paris Horvitz et Alvaro Ruiz-Navajas Directeur de la Recherche LBP AM et Gérant analyste de Tocqueville Finance

En ce moment a lieu à Glasgow, la Conférence des Parties des Nations Unies sur le changement climatique (Cop26), elle se terminera le 12 novembre. L’objectif reste celui de mobiliser les pouvoirs publics et tous les acteurs économiques pour faire davantage contre le réchauffement climatique et tenter d’éviter d’atteindre une température plus élevée de 1,5% degrés par rapport à l’ère préindustrielle (1850-1900).  Nous savions en commençant cette Cop26, comme l’indique l’Agence Internationale pour l’Energie (AIE), que plus de 50 pays y compris l’ensemble de l’Union Européenne, s’étaient déjà engagés pour atteindre la neutralité carbone soit en 2050, soit en 2060.

Pour l’instant, la conférence n’a pas dévoilé un florilège d’annonces « spectaculaires » pour réduire les émissions des gaz à effets de serre, comme c’est souvent le cas. Néanmoins, l’annonce du Premier Ministre indien d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2070 est une bonne nouvelle.

De même, a été annoncée la création d’une institution visant à engager encore davantage le secteur financier, le GFANZ (The Glasgow Financial Alliance for Net Zero). L’objectif est de mobiliser des ressources financières des membres de l’Alliance afin de permettre de mener à bien l’urgence de la transition énergétique, estimées entre 100 mille et 150 mille milliards de dollars selon M. Carney le président de l’Alliance.

Mais, on voudrait que la Cop26 soit ce moment crucial où les engagements deviennent des actes bien plus concrets. Transformer, investir pour atteindre ces objectifs est un impératif de survie. Les décisions qui ont été prises lors de la conférence pour désinvestir dans le charbon sont certes une bonne nouvelle, mais on doit faire bien davantage, notamment en s’attaquant aux émissions de méthane, un des gaz à effet de serre les plus nuisibles. Surtout, pour l’instant, que peu de mesures vraiment concrètes pour agir n’ont été prises.

Les risques que pose le réchauffement climatique nous les connaissons tous, mais nous les pensons toujours lointains, et continuons à avancer bien trop lentement pour éviter d’être confrontés à des effets désastreux pour la vie de tous et pour la planète.

Les atteindre requiert des actions de tous. La transition énergétique est évidemment au cœur de la stratégie collective que nous devons suivre. Le secteur financier s’est engagé dans ce sens et les annonces faites à la Cop26 en témoignent.

Pour nous, en tant que gérant d’actifs, nous considérons que nous avons un rôle important à jouer pour accompagner les entreprises dans leur transition énergétique. Il s’agit de s’engager dans un dialogue constructif avec les dirigeants pour influencer et hâter la trajectoire qui permettrait de lutter contre le réchauffement climatique. Assurément, des choix forts peuvent être faits pour encourager le changement, comme refuser de s’engager auprès d’entreprises présentes dans des filières fortement émettrices de gaz à effet de serre, tel que le charbon. Mais, la stratégie générale est de contribuer à accélérer la convergence vers un modèle économique qui freine la dynamique de réchauffement du climat et les conséquences calamiteuses que cela aurait pour tous.

En même temps, pour nous, cette démarche doit être réalisée dans le cadre de notre responsabilité fiduciaire de recherche de performance financière. En ce sens, tout en participant à préserver le bien commun qu’est notre planète, identifier les gagnants et les perdants de la nouvelle donne qui est en train de se créer, ainsi qu’identifier les entreprises apporteuses de solutions innovantes, potentiels leaders de demain, est également une part essentielle de notre contribution pour apporter des solutions d’investissements dans ce défi que nous affrontons pour l’avenir.

Le réchauffement est causé par l’activité humaine, il faut agir avec urgence 

Le dernier rapport du GEIC (groupe d’experts internationaux sur le climat) a de nouveau insisté sur le rôle de l’activité humaine dans le réchauffement de la planète.
Un seul graphique pour constater l’accélération extraordinaire des températures depuis le début du XXème siècle et surtout l’urgence à renverser cette tendance.  La température de la planète a déjà augmenté de 1° par rapport à l’ère préindustrielle ! 

Climat : une hausse des températures sur terre sans précédent depuis la fin du 19è siècle


Les stratégies économiques et le prix du carbone

Le chemin vertueux proposé par le FMI pour éviter les conséquences désastreuses d’un réchauffement excessif passe par l’exploration des conditions d’une transition énergétique qui pourrait préserver la croissance, tout en permettant d’atténuer les effets négatifs sur les secteurs et surtout les personnes les plus affectés par la mutation de notre modèle de production. Le FMI préconise ainsi une augmentation graduelle dans le temps du prix du carbone vers des niveaux qui permettraient d’accélérer le développement d’options de production d’énergies alternatives à celles s’appuyant sur des sources fossiles, et de créer en parallèle les incitations nécessaires pour un changement des modes de consommation. 

Dans son scenario, le FMI a estimé que la dynamique serait un accroissement du prix du carbone de l’ordre de 7% par an. Plus concrètement, compte tenu des prix actuels, le prix de la tonne de CO2 commencerait, selon les pays ou régions, entre 6 dollars et 20 dollars pour atteindre 40 dollars à 150 dollars en 2050, en passant par 10 à 40 dollars en 2030.

Signalons que cette année le prix de la tonne de CO2 dans le système de trading des permis d’émissions européens a atteint 60 euros. Bien que ceci ne permette absolument pas de conclure que l’Europe est déjà dans la voie de la réduction des émissions en ligne avec les engagements pris par les différents pays.

 

LBP AM : un acteur engagé dans une transition juste et durable

Aujourd’hui, il s’agit évidemment d’accélérer le mouvement de transition. Comme souligné précédemment, le rôle essentiel incombe aux Etats. Néanmoins, le secteur privé, et notamment la finance peut contribuer fortement à cette accélération en l’accompagnant par une allocation des ressources financières qui vise à atteindre les objectifs de la transition énergétique et contribuer ainsi à la réduction du réchauffement climatique.

Dans le même temps, les pouvoirs publics doivent pouvoir s’assurer que les acteurs du secteur financier dans leur recherche de participer à la lutte contre le réchauffement offrent la transparence nécessaire sur les produits qu’ils distribuent, et sur leurs engagements vis-à-vis des entreprises qu’ils financent afin de les accompagner dans la réduction de leur empreinte carbone. En outre, un regard de plus en plus exigeant sera sûrement nécessaire sur les risques bilanciels que peuvent représenter les chocs climatiques dans l’avenir, afin notamment d’éviter d’éventuels risques systémiques qui pourraient déstabiliser les économies.

Les gestionnaires d’actifs doivent jouer un rôle important dans l’orientation de l’épargne vers des solutions qui visent à atteindre les objectifs nécessaires pour empêcher le réchauffement climatique et dans le dialogue avec les entreprises, ainsi qu’éventuellement avec les Etats, pour les accompagner sur ce chemin. En ce sens, les gestionnaires d’actifs peuvent retirer leur soutien financier si les trajectoires poursuivies ne sont pas cohérentes avec les conditions objectives de réduction des gaz à effet de serre, notamment.

  • Les outils et les partenariats d’aide à la décision

Chez LBP AM nous avons développé un outil, GREaT, qui nous permet de synthétiser l’information dont on peut disposer sur un très vaste nombre d’entreprises sur les enjeux de la transition énergétique.


Pour avoir une plus grande pertinence dans la poursuite de nos objectifs visant une trajectoire qui s’inscrit dans les objectifs des accords de Paris, nous avons noué un partenariat avec Carbone4, premier cabinet de conseil indépendant spécialisé dans les stratégies bas carbone et l’adaptation au changement climatique.


  • GREaT : la démarche propriétaire et innovante de LBP AM

Chez LBP AM et Tocqueville Finance, nous nous appuyons sur 4 piliers pour conduire notre politique sur les enjeux Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG). Deux de ces piliers concernent le climat, soit (1) la gestion des ressources de la planète de manière durable (Pilier R) et (2) de la transition économique et énergétique (Pilier E). C’est fort de cette capacité à identifier de manière quantitative et qualitative, dans notre univers d’investissement, les entreprises qui sont en cohérence avec nos principes que nous pensons être à même d’apporter de la performance dans nos gestions en intégrant à la fois les critères financiers et extra-financiers dans la construction de nos portefeuilles. Ainsi, nos stratégies sont toujours tournées vers l’avenir.



  • La recherche de la performance

    Chez LBP AM et sa filiale Tocqueville Finance, nous cherchons à identifier les gagnants de demain. Nous pensons que les entreprises qui positionnent leur offre de produits ou services sur des solutions moins consommatrices d’énergies fossiles, voire adoptent des trajectoires pour en éliminer leur consommation, offriront de meilleures performances.

    Cette approche ne se limite évidemment pas au seul secteur de l’énergie. Nous l’appliquons à tous les domaines. Ainsi, nous cherchons via notre recherche fondamentale aussi à identifier les entreprises innovantes qui apportent des solutions pour le monde de demain afin qu’il soit plus efficient dans l’utilisation de l’énergie, ou pour optimiser les infrastructures nécessaires aux besoins de demain.

    Afin d’illustrer le vaste champ de nos explorations pour chercher de la performance

    Alfen, entreprise néerlandaise fondée en 1937, développe et fournit des systèmes et solutions électriques. Alfen est une société qui a évolué avec une vision de long terme importante lui permettant de rester en tête du peloton. Par exemple, Alfen a débuté son activité de bornes de recharge de véhicules électriques en 2008 aux Pays-Bas, qui ne comptait alors que 68 de ces véhicules enregistrés.

    Dans un domaine complétement différent, mais toujours au Pays-Bas, on peut citer NX Filtration, une société concentrée sur la nanofiltration directe (dNF). Elle produit des filtres qui utilisent une technologie innovante permettant aux utilisateurs de filtrer les micropolluants, les nanoplastiques, les bactéries et les virus dans les eaux usées, en une seule étape. Au-delà de la suppression du nombre important d’étapes dans le processus de traitement des eaux usées, cette technologie évite des traitements chimiques et permet des économies d’énergie très importantes.

    • Engagement et exclusion

    Le secteur énergétique joue un rôle crucial dans l’objectif de limiter le réchauffement de la planète. Aussi, en tant qu’investisseur, il nous semble clé de prendre nos responsabilités dans le dialogue que nous établissons avec les entreprises dans lesquelles nous pouvons investir, et davantage encore avec celles où nous sommes exposés.

    Nous nous devons d’être très vigilants et constructifs sur les options prises par les entreprises du secteur énergétique pour participer à la réduction des gaz à effet de serre.

    Une des priorités est la réduction de l’utilisation du charbon comme source de production d’électricité. Elle n’est pas simple car le charbon participe à plus d’un tiers de la génération d’électricité dans le monde. De nombreux pays sont encore très dépendants de cette énergie. Mais le but doit être de la supprimer ou presque dans un avenir proche afin d’atteindre les objectifs de la neutralité carbone.

    Evidemment, les gouvernements doivent jouer un rôle moteur dans la transformation de l’appareil de production énergétique pour promouvoir les énergies propres alternatives.

    Néanmoins, les investisseurs peuvent, voire doivent, non seulement intégrer la transformation qui devra s’opérer, mais aussi participer à ce mouvement en tentant d’influencer les entreprises du secteur dans leur nécessaire changement.

    C’est ainsi que nous avons chez LBP AM et Tocqueville Finance mis en place une politique charbon spécifique afin de définir dans quelles entreprises il était justifié d’investir. C’est-à-dire, celles qu’il nous semblait judicieux de potentiellement accompagner dans leur processus de sortie du charbon.

    Parmi les critères simples que nous avons adoptés est celui d’exclure de notre univers d’investissement les entreprises qui n’ont pas de stratégies de sortie de ces activités à horizon de 2050, en cohérence avec les accords de Paris.

    Nous sommes en train de mettre en place une politique similaire sur le pétrole et le gaz, car ils jouent évidemment un rôle crucial dans la trajectoire de réduction des gaz à effet de serre. Nous sommes déjà engagés vis à vis des grands groupes pétroliers pour insister auprès des dirigeants sur la mise en œuvre de tout moyen pour réduire leur production, dévouer des ressources financières à l’accroissement d’énergies renouvelables et accompagner les hommes et les femmes pour s’adapter au changement.

    Il est évident que ces transformations se feront d’autant plus rapidement que nos modes de consommation changent et que de nouvelles technologies se développent. Pour ne citer qu’un exemple, d’après l’AIE, la croissance rapide des véhicules électriques mais aussi à pile à combustible, ainsi que les progrès croissants dans l’efficience de l’utilisation d’autres combustibles pourraient permettre d’atteindre un pic dans la demande de pétrole d’ici…2025. C’est-à-dire presque demain. Toutefois, on n’y est pas et sans plus d’efforts sur le plan des investissements en infrastructures, cette perspective pourrait malheureusement être repoussée.

     

    • La recherche de la performance

    Chez LBP AM et sa filiale Tocqueville Finance, nous cherchons à identifier les gagnants de demain. Nous pensons que les entreprises qui positionnent leur offre de produits ou services sur des solutions moins consommatrices d’énergies fossiles, voire adoptent des trajectoires pour en éliminer leur consommation, offriront de meilleures performances.

    Cette approche ne se limite évidemment pas au seul secteur de l’énergie. Nous l’appliquons à tous les domaines. Ainsi, nous cherchons via notre recherche fondamentale aussi à identifier les entreprises innovantes qui apportent des solutions pour le monde de demain afin qu’il soit plus efficient dans l’utilisation de l’énergie, ou pour optimiser les infrastructures nécessaires aux besoins de demain.

    Conclusion

    Il y a urgence pour confronter de manière responsable et forte les risques posés par le réchauffement climatique. Chaque acteur de la société doit jouer sa partition pour préserver le bien commun qu’est la planète et offrir un avenir soutenable pour tous.

    Les gouvernements doivent jouer un rôle essentiel pour créer les conditions d’accélération de la transition énergétique.

    Les acteurs financiers doivent jouer leur part afin d’orienter l’épargne vers ces objectifs.

    Chez LBP AM et Tocqueville Finance c’est le chemin que nous avons adopté. Nous cherchons à concilier performance financière et une transition juste vers un futur climatique soutenable.

    Espérons que la Cop26 délivre in fine un message et des actes qui permettent à tous de continuer à œuvrer dans cette direction pour affronter un des plus grands défis que nous ayons connu dans l’histoire humaine.



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