Blockchain, bientôt une réalité pour la gestion d’actifs

  • Julien Raimbault Investments Chief Operating Officer

Cloud, big data, intelligence artificielle, robots et... blockchain ; le digital est partout, dans tous nos journaux, sur tous nos écrans, de toutes les conférences. Mais la blockchain, qu’est-ce que c’est ? Et à quoi cela peut-il bien servir vraiment, pour nos clients ou pour nous-mêmes ? De nombreuses applications peuvent être imaginées, dont certaines sont maintenant plus proches de la réalité que du rêve. Parmi elles, la souscription de parts de fonds est sans doute l’une des candidates toute désignée. Et d’autres suivront, au fil des progrès technologiques et réglementaires.

Des facettes et des usages multiples sous une même appellation

La blockchain, qu’est-ce que c’est ? Pour éviter d’entrer dans des considérations techniques expertes, une manière simple de voir les choses est de la résumer ainsi : une technologie de stockage d’informations sécurisée et décentralisée. Il s’agit, en somme, d’une base de données partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun d’eux de vérifier la validité des informations stockées dans la chaîne. Le registre de données ainsi constitué, par agrégation d’une suite de « blocs » d’informations, présente la propriété d’être inaltérable et horodaté.

Il convient par ailleurs de distinguer les blockchains publiques, c’est-à-dire ouvertes à tous, des blockchains privées, dont l’accès et l’utilisation sont restreints à un certain nombre d’acteurs, auxquels sont attribués des niveaux d’accréditation clairement identifiés. C’est logiquement assez souvent cette seconde catégorie de chaîne, pour laquelle les responsabilités sont mieux encadrées, qui est privilégiée par l’écosystème bancaire lorsqu’il projette de faire usage de la technologie.

Au-delà de cette brève description, la mécanique sur laquelle se base la blockchain fait appel à plusieurs concepts innovants, dont nous pouvons évoquer deux exemples ici : les tokens et les smart contracts.

Les tokens (ou « jetons »), tout d’abord, sont des actifs numériques qui peuvent être échangés entre les acteurs de la blockchain. L’usage des tokens le plus médiatisé est celui qui est associé à la notion de « cryptomonnaie » (ou monnaie virtuelle), dont la plus célèbre est sans nul doute le bitcoin, échangeable sur une chaîne ouverte à tous.

À ce jour, les cryptomonnaies ne sont pas reconnues comme des monnaies par les législateurs, leur conversion n’est pas garantie par les banques centrales ; l’identification des investisseurs qui procèdent à leur échange sur un réseau public n’est pas aisée et leur utilisation a par conséquent fait l’objet d’un certain nombre de polémiques.

Les smart contracts (ou « automates contractuels »), pour leur part, sont des portions de programmes autonomes qui appliquent automatiquement les conditions et termes d’un contrat défini préalablement à la création de la chaîne, sans qu’aucune intervention humaine ne soit nécessaire une fois qu’ils ont été activés.

Ceux-ci ouvrent des perspectives très intéressantes pour fluidifier des processus qui nécessitent la participation et/ou la validation de plusieurs intervenants. Ils pourraient trouver assez naturellement leur place dans les chaînes de traitement, dès lors qu’il s’agit d’assurer la validité d’une transaction (pour les opérations nécessitant d’être approuvées par le cachet d’un notaire, par exemple), de garantir la traçabilité d’une chaîne alimentaire ou bien encore de gérer un dispositif de vote démocratique, etc., à la condition bien sûr qu’au cas par cas les lois qui encadrent ces activités le permettent.

Concrètement, et au plus près de la banque, de nombreux projets ont été menés, dont la presse se fait fréquemment le relais (prototypes pour accélérer les transferts d’argent internationaux, dématérialisation de contrats d’assurance, partage sécurisé de données sensibles, etc.).

Ces quelques exemples illustrent à eux seuls l’immense variété des usages qui peuvent être envisagés sous une même dénomination de blockchain, certains très vertueux, d’autres beaucoup moins. Il revient à chacun de se forger une opinion et de faire l’effort de tri qui s’impose parmi ce champ des possibles.

Ainsi, de notre point de vue, et dans l’état actuel de la législation, si les tokens échangés sur une chaîne publique risquent de peiner à faire office de monnaie de substitution dans le monde interbancaire tant qu’aucune institution officielle n’aura encadré leur usage et garanti leur convertibilité, les smart contracts apportent quant à eux d’ores et déjà la démonstration qu’ils peuvent offrir, à un horizon très proche, des débouchés compatibles avec le cadre réglementaire en place dans nos métiers.

Dans ce contexte, de même que face à l’émergence de toute nouvelle solution digitale, l’approche de La Banque postale Asset Management se veut avant tout extrêmement pragmatique : ne fermer a priori la porte à aucune éventualité mais, dans le même temps, n’avoir recours à ce type d’innovation que dans la mesure où un véritable potentiel d’amélioration fonctionnelle a été identifié.

Formulé différemment, nous ne faisons jamais le choix d’allouer des moyens à la mise en oeuvre d’une technologie qui a le vent en poupe par curiosité ou pour la beauté de l’exercice. En revanche, nous n’hésitons pas à le faire si nous pensons que cette technologie peut être une réelle source de valeur ajoutée pour l’amélioration du service, par rapport aux outils dont nous disposions jusqu’alors », complète Daniel Roy, président du directoire de La Banque postale Asset Management.

Des applications concrètes dans la souscription-rachat

En cohérence avec l’approche évoquée ciavant, nous avons identifié de longue date le circuit des souscriptions-rachats de parts de fonds comme l’un de ceux pour lesquels la blockchain (via l’utilisation des smart contracts) pourrait apporter des améliorations significatives. La réglementation qui encadre ce mécanisme présente par ailleurs l’avantage d’être déjà compatible, en l’état, avec un projet de cette nature. C’est dans cette logique que La Banque postale Asset Management participe activement à la montée en puissance de la société Iznes, la plateforme d’achat et de vente de parts d’organismes de placement collectif (OPC) européens basée sur la blockchain.

Après avoir pris part aux travaux de conception qui ont débuté dès 2016, La Banque postale Asset Management est devenue actionnaire d’Iznes au mois de février 2018, aux côtés de cinq autres sociétés de gestion et de SETL, la Fintech spécialiste de la blockchain retenue pour mettre à disposition le savoir-faire technologique requis par Iznes. En parallèle, plusieurs autres gérants d’actifs, représentant des profils de clientèle et d’offre variés et une très large assiette d’encours, ont fait le choix de rejoindre la communauté des participants qui contribuent à cette initiative de grande ampleur.

« Nous sommes convaincus que la mise en œuvre de cette nouvelle technologie dans la chaîne de distribution de nos produits est un enjeu stratégique à de nombreux égards », commente Daniel Roy.

En quoi s’agit-il d’un enjeu stratégique ? Tout d’abord, la blockchain va permettre de simplifier le parcours de souscription de nos clients. L’investissement au travers d’une plateforme commune à plusieurs sociétés de gestion implique en effet un effort de standardisation des canaux d’accès et des formats de mise à disposition des caractéristiques produits, ce qui rend possible une automatisation plus poussée. Parmi les fonctionnalités offertes par la plateforme, investisseurs et gérants bénéficient en particulier d’un accès à des connecteurs conçus pour être branchés directement aux systèmes informatiques sur lesquels ils s’appuient, facilitant ainsi grandement l’interopérabilité au quotidien entre leurs infrastructures respectives.

Cette plateforme partagée permet également de mutualiser la collecte d’un certain nombre d’informations et documents, dont notamment les pièces justificatives nécessaires au référencement de ces clients, qui n’auront dorénavant plus à s’acquitter de la démarche fastidieuse consistant à fournir ces éléments individuellement à chacun de leurs fournisseurs. De plus, le socle technique de nouvelle génération mis en place aboutira à une centralisation de leurs ordres beaucoup plus rapide et enrichie par des possibilités fonctionnelles supplémentaires (l’envoi d’ordres groupés avec différentes dates de centralisation différées, pour ne citer qu’un exemple).

Une autre conséquence de l’automatisation accrue et de la désintermédiation partielle du schéma est une baisse in fine des coûts supportés par les clients, par rapport à ceux inhérents aux circuits traditionnels actuels. Par ailleurs, pour nous, société de gestion, une telle solution va accroître significativement la transparence d’accès aux données décrivant la nature de notre « passif ». C’est-à-dire que nous disposerons à tout moment du détail des positions détenues par l’ensemble des clients de nos portefeuilles, qu’ils aient souscrit à nos offres directement sur la plateforme ou bien qu’ils l’aient fait via des intermédiaires connectés à celle-ci.

De ce fait, nous serons en mesure de les informer plus rapidement de tout événement lié à la vie des produits (en cas de détachement d’un dividende, par exemple). Cette transparence et cette disponibilité accrues des informations relatives aux positions iront également de pair avec des notifications plus précisément ciblées lorsque nous devrons porter à la connaissance des porteurs des éléments en lien avec les avoirs qu’ils détiennent. Enfin, nous disposerons d’une piste d’audit robuste et accessible en continu sur toute la chaîne de règlement-livraison.

De par sa construction, la blockchain produira une trace fiable et sécurisée de l’ensemble des opérations effectuées, avec un niveau de granularité qui n’était pas disponible auparavant. Bien sûr, non seulement les sociétés de gestion pourront exploiter cette nouvelle source de renseignements dans le cadre de leur processus de contrôle interne, mais les régulateurs, eux aussi, pourraient également bénéficier de la richesse de ces éléments dans l’exercice de leurs fonctions de supervision.

« Nous pensons donc que tous les acteurs de notre industrie ont collectivement beaucoup à gagner dans cette démarche de transformation et nous invitons chacune des parties prenantes à être, elle aussi, un acteur de ce changement », ajoute Daniel Roy en synthèse.

Iznes prévoit un déploiement de sa plateforme en production au cours de l’année 2018.

Et ensuite...

Le bouillonnement créatif dans le monde technologique en général et dans l’univers des start-up en particulier envoie le signal qu’une très forte transformation de nos métiers est déjà en marche. La dynamique avec laquelle les choses évoluent et la vitesse à laquelle les partenariats se nouent nous imposent une veille et un questionnement de tous les instants à propos de nos méthodes.

Dans le même temps, dans un futur plus ou moins proche, de nouvelles évolutions réglementaires pourraient constituer de réels accélérateurs des mutations amorcées (quid des flux de paiement traditionnels entre les établissements financiers et des impacts pour chacun de nous, si jamais une cryptomonnaie devenait officiellement reconnue par les principales banques centrales, par exemple ?).

Le futur s’écrit donc chaque jour, avec la part d’incertitude (et d’intérêt !) que cette période de transition comporte. Mais l’un des défis auxquels nous pouvons d’ores et déjà nous attendre à moyen terme est la gestion de la cohabitation entre l’ancien monde et le nouveau – nos outils d’hier, parmi lesquels tout n’est pas à jeter, loin s’en faut, ceux d’aujourd’hui et ceux de demain –, ainsi que le choc de la rencontre de ces nouvelles technologies entre elles, qui ne manquera probablement pas d’être à l’origine de modèles que nous n’avions pas imaginés.

« Nous vivons une étape passionnante de notre histoire, et 2018, déjà, pourrait bien être l’année où les premiers effets de la révolution digitale sur notre activité deviendraient vraiment visibles, non plus seulement dans les labs mais à une échelle industrielle... », conclut Daniel Roy.

Ces articles peuvent vous intéresser

Finance Responsable

La finance est morte. Vive la Finance Durable

il y a 3 jours
Finance Responsable

Pour un label ISR européen

il y a 6 jours
BCE, Zone euro, Finance Responsable

La réglementation devient-elle un risque pour la rentabilité des banques ?

il y a 2 semaines

Choisissez
votre profil

Accédez aux informations dédiées aux Instiutionnels/particuliers :