Biodiversité : une autre façon de donner du sens à l’investissement

  • Luisa Florez Directeur de la Gestion et Recherche Thématiques Durables

En choisissant d’orienter 100 % de ses actifs vers l’investissement socialement responsable (ISR), La Banque Postale Asset Management (LBPAM) a pris un engagement fort. La biodiversité, jusqu’ici parent pauvre de l’environnement, fait partie des thématiques que soutient LBPAM à travers ses investissements. Explications avec Luisa Florez, Directrice de la gestion et l’analyse Thématiques Durables chez LBPAM.

Qu’entend-on par biodiversité ?

Luisa FLorez : La biodiversité est la diversité de la vie sur Terre. Elle comprend la variété des écosystèmes, des espèces animales et végétales, et des gènes. Depuis de nombreuses années, la biodiversité est mise à mal sur la planète. On entend beaucoup parler de déforestation, avec la culture de l’huile de palme.  Tout l’enjeu de la protection de la biodiversité provient du constat de baisse de pollinisation des abeilles, de pollution des océans, d’abandon de déchets dans la nature, du déclin des populations d’oiseaux, etc. Une récente étude de l’IPBES (1), relayée au printemps 2019 par le WWF (2), a dressé un état des lieux alarmant de la situation, en révélant que près de 60 % de la biodiversité avait été perdue en l’espace de 40 ans. Le sujet a été très médiatisé au Royaume-Uni, un peu moins en France.

Quels sont les investissements concernés par cette problématique?

F. : Contrairement à la lutte contre le réchauffement climatique, la préservation de la biodiversité est une problématique protéiforme, plus complexe à analyser, pour laquelle on ne dispose pas d’indicateur synthétique, comme les émissions de CO2, indicateur du climat. Heureusement, la réglementation tente de la rendre plus visible à travers la récente modification de l’article 173 de la Loi de transition énergétique pour la croissance verte (3), qui a élargi son champ d’application à la biodiversité des écosystèmes. Désormais, chaque investisseur devra expliquer sa contribution à la préservation de la biodiversité et les risques inhérents. Les enjeux de la biodiversité étant de taille, il s’agit d’un vrai pas en avant. La biodiversité était un peu le « laissé-pour-compte » de l’environnement car les discussions internationales étaient jusqu’ici centrées sur le climat.

Ce nouvel égard réglementaire impacte déjà de nombreux secteurs d’activité tels que la fabrication d’emballages, la consommation, la distribution alimentaire, l’agriculture ou encore le secteur de la chimie. Il semble important que tous les secteurs s’interrogent sur leurs impacts potentiels et mettent en place une stratégie pour les réduire.

Comment investir pour la biodiversité ?

F. : Peu d’acteurs cotés sur les marchés financiers ont été identifiés comme créateurs de solutions pour préserver la biodiversité. On compte quelques sociétés dans le domaine de l’économie circulaire ou encore dans la gestion des déchets et de recyclage. Selon nous, ces entreprises devraient connaître un fort développement de leurs activités, mais c’est un segment encore trop limité pour constituer un fonds à part entière.

Aujourd’hui, notre démarche en faveur de la biodiversité consiste à identifier, via le pilier « Ressources » de notre analyse extra-financière systématique GREaT (4), les entreprises ayant de bonnes pratiques au profit de la biodiversité : réduction des recours aux ressources naturelles dans les processus de production, évolution des taux de recyclage des déchets en fin de cycle, utilisation de cartographies permettant d’identifier les sites à risques, etc.

Par ailleurs, nous avons décliné la démarche de manière spécifique pour l’activité de gestion de dette privée de LBPAM. Aussi la biodiversité est-elle également un des éléments d’analyse des projets d’infrastructure. Par exemple, avant de financer la réalisation d’une autoroute, nous sommes attentifs à la construction de couloirs écologiques pour en mitiger l’impact sur la faune locale. Et[GC1]  grâce à notre partenariat avec CDC Nature 2050 (5), nous pratiquons la compensation de l’impact sur la biodiversité de nos investissements en infrastructures et dettes privées.

 

(1) IPBES ou « Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services », la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, équivalent du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) pour la biodiversité.

(2) WWF pour « World Wildlife Fund » ou Fonds mondial pour la nature. (3) L'article 173 de la loi n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte est destiné à stimuler le financement de la transition énergétique. (4) GREaT : Mise au point par les équipes de LBPAM, la méthodologie GREaT se base sur des critères uniquement extra-financiers. Elle constitue une alternative aux critères ESG (Environnement Société Gouvernance) et comprend 4 axes : Gouvernance, gestion des Ressources, transition Energétique et économique, développement des Territoires.

Zoom sur la biodiversité : retrouvez la Lettre ISR AGIR n° 7

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